L'insuffisance des enquêtes sur l'usage illégal de la force par les policiers constitue un problème structurel et est inacceptable du point de vue des droits civiques. L'instauration d'une obligation générale d'identification pour les policiers, telle qu'appliquée à Berlin, ne représente qu'une première étape pour remédier à ce problème. Elle facilite toutefois l'identification des auteurs d'actes illégaux. Par ailleurs, de nombreuses initiatives citoyennes jouent un rôle important dans le contrôle des actions policières. Il s'agit notamment de la surveillance des manifestations et des commissions d'enquête mises en place pour faire la lumière sur des cas précis de violences policières ou de décès en garde à vue, comme après la mort de Dennis S. à Berlin fin 2008 ou la violente intervention policière lors d'une manifestation contre le projet Stuttgart 21 à l'automne 2010. Ces initiatives sont nécessaires pour garantir, au moins partiellement, un contrôle externe des actions policières. Cependant, elles ne suffisent pas à elles seules. Le contrôle exercé par les parlements des Länder est également utile, mais insuffisant, car il ne traite les cas présumés de conduite illégale de la police que de manière ponctuelle, et non de façon continue et systématique.
Afin de renforcer le contrôle des actions policières, il est nécessaire de mettre en place des organes d'enquête indépendants chargés de recueillir les plaintes des personnes concernées et d'enquêter de manière indépendante sur les cas de violences policières illégales. Ces organes doivent disposer de ressources suffisantes et être accessibles à tous. De telles institutions ne sont pas nouvelles ; elles existent dans de nombreux pays (européens), parfois depuis des années. L'Allemagne a également disposé d'un tel organe pendant plusieurs années, la Commission de police de Hambourg, mais celle-ci était insuffisamment équipée. Pour que ces commissions ne soient pas de simples façades et puissent réellement remplir leur mission, elles doivent satisfaire à certaines exigences minimales :
1. Compétence
La Commission est exclusivement compétente pour connaître des cas de violences illégales présumées et d'autres violations graves des droits de l'homme perpétrées par des agents de police ou des douanes. Les autres actes illégaux commis par l'État ne relèvent pas de sa compétence.
2. Composition et ressources
La commission ne doit pas être liée au pouvoir exécutif. Ses membres doivent être issus de la société civile et ne doivent pas participer à l'action de l'État. Les membres doivent être élus au niveau des Länder par leurs parlements respectifs, au niveau fédéral par le Bundestag (Parlement fédéral) et par des représentants d'organisations de la société civile. La composition de la commission doit refléter la diversité démographique de la population (origine migratoire, genre). Les groupes sociaux marginalisés, particulièrement touchés par les violences policières illégales, doivent y être représentés.
La Commission doit disposer de ressources suffisantes. Ses ressources matérielles et humaines doivent lui permettre de mener à bien les tâches décrites.
3. Accès à la Commission :
Les plaintes ou signalements peuvent être déposés par les personnes concernées et leurs représentants (légaux), ainsi que par des tiers et par l'intermédiaire d'organisations. Les policiers peuvent également contacter la Commission en tant que personnes concernées ou témoins. La Commission est tenue de préserver l'anonymat de la personne qui la contacte. Les perquisitions de ses locaux et la saisie de ses documents sont interdites. Les membres et le personnel de la Commission ont le droit de refuser de témoigner dans le cadre de leurs fonctions. Par ailleurs, la Commission devrait pouvoir agir de sa propre initiative, par exemple si elle est informée par d'autres sources de cas de violences policières illégales. La police et le parquet sont tenus d'informer la Commission des plaintes pénales ou de l'ouverture d'enquêtes en cas de violences policières. La Commission devrait être saisie d'office en cas de décès suite à des violences policières.
4. Pouvoirs
La commission doit disposer de pouvoirs d'enquête propres. Ceux-ci comprennent notamment l'inspection immédiate des lieux du crime, l'interrogatoire des témoins et des suspects, ainsi que l'accès aux dossiers, en particulier aux rapports de police et aux dossiers d'enquête du parquet. Les membres doivent être autorisés à pénétrer sans préavis dans les commissariats.
À l'issue des enquêtes, la commission formulera des recommandations à l'intention de la police ou du parquet concernant les suites à donner à chaque affaire. La police ou le parquet sont responsables devant la commission.
Les mesures prises par la commission n'affectent pas le pouvoir de la police et du parquet de mener leurs propres enquêtes ou procédures disciplinaires.
5. Rapports et responsabilité
La Commission est tenue d'informer les personnes concernées au moyen d'un rapport de synthèse sur les conclusions des enquêtes. Elle est responsable devant le Parlement. Le public doit être informé par la Commission au moyen d'un rapport d'activité annuel, qui peut également aborder des questions structurelles. La Commission réalise des enquêtes statistiques sur toutes les plaintes et poursuites engagées contre des agents de police et les met à la disposition du public.
Adresses de contact :
Section
d'Amnesty International de la République fédérale d'Allemagne e.V.
Greifswalder Straße 4
10405 Berlin
Téléphone : +49 (0)30 / 420248-0
www.amnesty-polizei.de
Union Humaniste eV
unie à l'Initiative Gustav Heinemann,
Greifswalder Straße 4,
10405 Berlin
Téléphone : +49 (0)30 204 502 56
Fax : +49 (0)30 502 57
Courriel : info@humanistische-union.de
www.humanistische-union.de
Ligue internationale des droits de l'homme,
Greifswalder Straße 4,
10405 Berlin
Téléphone : +49 (0)30 39 62 122
Fax : +49 (0)30 39 62 147
Courriel : vorstand@ilmr.de
www.ilmr.de
Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie e.V.
Aquinostraße 7-11
50670 Cologne
Téléphone : +49 (0)221 972 69-20 et -30
Fax : +49 (0)221 972 69-31
Courriel : info@grundrechtekomitee.de
www.grundrechtekomitee.de
Association républicaine des avocats eV
Greifswalder Straße 4
10405 Berlin
Téléphone : +49 (0)30 41 72 35 55
Fax : +49 (0)30 41 72 35 57
Courriel : kontakt@rav.de
www.rav.de


