Berlin, le 11 janvier 2020
Appel urgent du RAV
Messieurs les ministres de la Justice des Länder,
Messieurs les présidents des cours supérieures régionales, des tribunaux régionaux, des tribunaux locaux, des cours supérieures administratives et des tribunaux administratifs,
Monsieur le président de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés,
Compte tenu de la situation pandémique actuelle et des mesures déjà prises, le RAV (Centre régional pour l'emploi) est convaincu que
les autorités et le pouvoir judiciaire ont également le devoir de prendre des mesures pour prévenir la propagation du virus.
Les appels à la cohésion sociale perdent toute crédibilité si les restrictions se limitent à la sphère privée et si les efforts nécessaires ne sont pas également déployés par les autorités et le pouvoir judiciaire. Dans ce contexte, le RAV considère notamment les mesures suivantes comme indispensables :
- Toutes les audiences non urgentes doivent être annulées immédiatement.
- Le système de calcul des besoins en personnel (PEBB§Y) du pouvoir judiciaire doit être temporairement suspendu et la situation dans les salles d’audience adaptée à la pandémie.
- La notification des décisions négatives (en matière d'asile) est suspendue jusqu'à la fin du confinement strict.
1. Suspendre toutes les audiences judiciaires non urgentes
De nombreuses audiences qui pourraient être reportées se tiennent néanmoins. Bien entendu, dans les affaires de détention et de protection contre la violence, dans les procédures relatives au bien-être des enfants et dans les affaires de garde urgentes, les audiences doivent également se tenir pendant le confinement, à condition que cela ne présente aucun risque sanitaire concret et significatif.
Cependant, ce qui est en jeu ici, ce sont de nombreux procès pénaux qui n'impliquent pas de détention, ainsi que des procès en matière d'asile et d'autres procédures qui sont en instance devant les tribunaux administratifs depuis des années et qui peuvent être reportées sans aucun problème.
Chaque audience accroît le risque sanitaire pour les personnes impliquées. De nombreuses parties y assistent, souvent originaires de régions différentes, et entretiennent par ailleurs de multiples contacts professionnels et sociaux. Or, de tels rassemblements doivent être évités autant que possible afin de limiter la propagation de la pandémie. Les audiences reportables doivent donc être annulées et reprogrammées après le confinement. Il appartient bien entendu à chaque juge de prendre cette décision, en tenant compte de son indépendance. Toutefois, l'administration judiciaire doit également veiller à la mise en balance des intérêts constitutionnels dans chaque cas.
Il convient également de noter que le principe du « rester chez soi » est diamétralement opposé à une audience publique. La plupart des gens ignorent probablement que la présence à une audience, censée garantir l'accès du public à l'information, constitue un motif valable de déplacement.
2. Sur la suspension du système de calcul du personnel et la situation dans les tribunaux
Le RAV (Centre régional pour l'emploi) reconnaît que l'annulation des audiences pendant le confinement entraîne des restrictions dans l'administration de la justice. Cependant, ces restrictions affectent également de nombreux autres domaines importants de la société, tels que l'éducation, la culture, la religion et certains secteurs économiques, comme la restauration.
Toute pression existante sur les tribunaux pour achever les affaires peut également être soulagée en suspendant le système de calcul du personnel PEBB§Y.
Compte tenu notamment de l'émergence d'une nouvelle mutation du virus, encore plus contagieuse, chacun est désormais invité à faire sa part pour contenir le virus et ainsi rendre possible un retour à la normale.
Les mesures mises en œuvre jusqu'à présent dans la plupart des tribunaux sont insuffisantes pour protéger la santé publique. Le respect de la distanciation sociale est souvent impossible. Le port du masque n'étant généralement pas systématique lors des audiences, il est peu probable que des mesures d'hygiène efficaces soient appliquées, même dans les grandes salles. Les cloisons et enceintes en plexiglas n'offrent qu'un soulagement limité. Lorsqu'elles sont présentes – ce qui est encore loin d'être le cas dans de nombreux tribunaux – elles sont ouvertes de plusieurs côtés, et des conversations ont fréquemment lieu entre les parties impliquées dans la procédure – par exemple, lors des inspections – où elles se trouvent à proximité immédiate.
Qui plus est, le risque lié au déplacement est transféré aux parties impliquées dans la procédure. En effet, en raison d'obligations légales et/ou professionnelles, la présence à l'audience est obligatoire.
3. Concernant la communication des décisions négatives
Par ailleurs, les notifications de rejet, y compris celles relatives aux demandes d'asile, continuent d'être signifiées. Durant le confinement du printemps 2020, l'Office fédéral des migrations et des réfugiés avait suspendu la notification des décisions négatives. Cette pratique devrait être rétablie.
Actuellement, les personnes concernées n'ont pratiquement aucun accès à des conseils juridiques ni au soutien de centres de consultation indépendants. De plus, de nombreux centres d'hébergement pour réfugiés sont fermés par des mesures de quarantaine, empêchant leurs résidents de les quitter.
Même s'il leur est possible de quitter leur logement, les restrictions d'accès aux cabinets d'avocats liées à la pandémie rendent l'obtention d'une représentation légale pratiquement impossible. Même si les personnes concernées souhaitent intenter elles-mêmes une action en justice, elles – souvent logées en zone rurale – doivent faire face au risque de devoir se déplacer en transports en commun jusqu'aux bureaux d'aide juridique.
Nous exigeons donc que le prononcé des décisions négatives, notamment en matière de droit d'asile et de migration, soit suspendu jusqu'à la fin du confinement.
La RAV soutient donc pleinement la demande de l’Association du barreau allemand, qu’elle a formulée dans sa proposition bien fondée de « Règlement sur l’exemption temporaire de l’obligation d’accomplir une procédure de visa ».(1)
Nous attendons des autorités et du pouvoir judiciaire qu'ils réagissent de manière appropriée et conformément à la loi face à la pandémie. Par le présent appel, nous réitérons donc les demandes que nous avons adressées aux responsables en mars 2020.(2)
Respectueusement vôtre
Dr Lukas Theune
, avocat, directeur général, au nom du conseil d'administration
(1) https://anwaltverein.de/de/newsroom/dav-initiativ-sn-91-20-covid-19-vo-visumverfahren?page_n27=2
(2) https://www.rav.de/publikationen/mitteilungen/mitteilung/corona-pandemie-auch-die-justiz-muss-umgehend-reagieren/49760e148aeeb89bb5a4bd5c52dc3533/


