Communiqué de presse du RAV : Déclaration de solidarité avec l’avocate Seda Başay-Yıldız. Les menaces contre nos confrères doivent cesser. Les organisations d’avocats exigent des enquêtes approfondies sur l’affaire « NSU 2.0 »

Depuis plus de deux ans et demi, notre collègue de Francfort, l'avocate Seda Başay-Yıldız, reçoit des lettres d'auteurs inconnus l'insultant, elle et sa famille, et les menaçant de mort. Mme Başay-Yıldız, qui recevra cette année le prix Ludwig Beck du courage civique de la ville de Wiesbaden, est devenue la cible de ces auteurs anonymes en raison de son rôle important de représentante de la partie civile dans le procès NSU et de son activité d'avocate de la défense. Les données personnelles de la famille, contenues dans les lettres de menaces, proviennent d'un commissariat de police de Hesse. Malgré le blocage ultérieur de son adresse, notre collègue continue de recevoir de nouvelles lettres de menaces. Nous supposons que les auteurs se trouvent au sein de la police hessoise. Les lettres de menaces sont signées « NSU 2.0 », faisant explicitement référence à cette forme meurtrière de terrorisme d'extrême droite. Notre collègue Başay-Yıldız n'est pas la seule à avoir reçu de telles lettres de menaces. D'autres collègues, journalistes, femmes politiques, artistes et militantes reçoivent également des lettres de menaces signées de l'abréviation « NSU 2.0 ». Ces menaces visent principalement des femmes qui, dans leur travail et publiquement, s'engagent et dénoncent le racisme, l'extrémisme de droite et le sexisme.

Les autorités policières hessoises n'ont toujours pas rendu publics les résultats de leurs enquêtes. Soit les enquêtes sont au point mort depuis des années, soit des conclusions ont été obtenues mais sont tenues secrètes – probablement pour protéger la réputation de la police. De plus, la protection dont bénéficie notre collègue auprès de la police hessoise est insuffisante.

Cette situation n'est plus acceptable.

Lesattaques contre notre collègue Başay-Yıldız constituent également une attaque contre l'ensemble de la profession juridique. Les attaques contre des collègues dévoués à leur travail sont inacceptables. « Nous soutenons notre collègue et lui exprimons notre solidarité », explique l'avocat Peer Stolle, président du conseil d'administration de l'Association des avocats républicains (RAV).

« L’échec des enquêtes dans l’affaire “NSU 2.0” démontre la nécessité de disposer d’organes d’enquête indépendants, capables de mener des investigations efficaces dans les procédures pénales impliquant des policiers. Tant que les services de police dont sont issus les suspects enquêteront sur leurs collègues directs, aucune enquête ne pourra aboutir », explique l’avocat Andreas Engelmann, secrétaire fédéral de l’Association des avocats démocrates (VDJ). Depuis des années, diverses organisations réclament la création de tels organes d’enquête sur les fautes professionnelles et les crimes commis par la police.

En attendant l’existence d’organes d’enquête indépendants pour les affaires visant les policiers, il est essentiel de veiller à ce que toutes les voies légales soient explorées afin de mener des enquêtes efficaces et indépendantes par des autorités n’ayant aucun lien avec les services de police d’origine des auteurs ou avec lesquels ils entretiennent des liens étroits.

Les requêtes de données relatives à l’affaire “NSU 2.0” ayant été effectuées à partir des ordinateurs de la police de différents Länder allemands, nous supposons que les auteurs n’étaient pas une seule personne, mais un groupe. Nous ignorons si les investigations permettent d'établir un soupçon initial d'organisation criminelle, ce qui pourrait engager la compétence du procureur général fédéral. À tout le moins, compte tenu de la dimension transnationale de l'affaire, l'Office fédéral de police criminelle (BKA) peut et doit prendre en charge l'enquête.

Nous exigeons donc:

  • L'affaire NSU 2.0 dans son intégralité doit faire l'objet d'une enquête approfondie.
  • Les investigations dans cette affaire doivent être transférées à l'Office fédéral de police criminelle (article 4, paragraphe 2 du BKAG).
  • La protection de notre collègue Başay-Yıldız et de toutes les autres personnes concernées par ›NSU 2.0‹ doit être garantie.
     

Signataires :
Bureau d’organisation des associations d’avocats de la défense pénale
, Association des avocats républicains (RAV),
Association des avocats démocrates (VDJ)

Personnes à contacter :
Maître Peer Stolle (030.44679216)
Maître Andreas Engelmann (069.71163438)

Ce communiqué de presse de la RAV est disponible ici : https://www.rav.de/publikationen/mitteilungen/mitteilung/solidaritaetserklaerung-mit-rechtsanwaeltin-seda-basay-yildiz/21d0a3a300fe96de28c419c702872e66/