Communiqué de presse conjoint de l'Association des avocats républicains, du Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie et du Projet de signalement des expulsions de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Le 25 octobre 2023, le Conseil des ministres fédéral a adopté le projet de loi relatif à la « loi d'amélioration du retour » et l'a soumis au Bundestag et au Bundesrat. L'Association des avocats républicains, le Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie et le Projet de signalement des expulsions de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, affilié au Comité pour les droits fondamentaux, critiquent vivement les graves atteintes aux droits fondamentaux, notamment le droit à la liberté, l'inviolabilité du domicile, le droit au respect de la vie privée et le principe de non-incrimination, ainsi que le processus législatif lui-même.
Ce projet de loi de 72 pages a été transmis aux associations sans aucune justification objective, avec un délai de seulement 48 heures pour formuler des observations. Le gouvernement fédéral ne souhaite manifestement pas un débat sérieux et approfondi sur ce texte.
Julia Schulze Buxloh, de l'Association des avocats républicains, explique :
« Nombre de réglementations envisagées sont manifestement inconstitutionnelles et violent le droit européen. Au lieu de nous engager dans une course au moins-disant en matière de pratiques douteuses et de pseudo-solutions anticonstitutionnelles, nous avons besoin de débats objectifs et de politiques respectueuses des droits humains. »
Britta Rabe, du Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie, critique :
« La loi sur l'amélioration du rapatriement contient des mesures à motivation populiste. Elle prévoit une répression encore plus brutale et le recours à la force – comme la détention, les contrôles policiers et les sanctions disciplinaires – contre les personnes concernées. L'objectif principal est de stigmatiser les réfugiés en les qualifiant de criminels présumés fraudeurs aux prestations sociales. »
Sebastian Rose, de l'Unité de signalement des expulsions de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, déclare :
« Cette loi n'atteindra pas son objectif affiché. Les droits des personnes concernées par les expulsions sont déjà bafoués, comme en témoignent les recherches et la documentation de l'Unité de signalement des expulsions de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. La restriction prévue des droits fondamentaux est totalement disproportionnée par rapport aux 600 expulsions supplémentaires par an encouragées par le gouvernement fédéral. »
L'Association des avocats républicains, le Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie et l'Unité de signalement des expulsions de Rhénanie-du-Nord-Westphalie appellent donc le gouvernement fédéral, le Conseil fédéral et le Parlement – notamment au vu du durcissement des réglementations actuellement en discussion – à revoir en profondeur leur politique migratoire.
Il est indispensable de mettre en œuvre une politique progressiste qui place enfin la protection des droits humains au cœur de ses préoccupations, reconnaisse la réalité des flux migratoires et contribue activement à les encadrer.
Concernant en détail certaines des modifications législatives proposées :
• L' élargissement des possibilités de détention des réfugiés (§ 62 par. 3 phrase 4 AufenthG-E): La détention en vue de l'expulsion devrait également être ordonnée lorsqu'il est clair que l'expulsion peut être effectuée dans un délai de six mois et non plus dans un délai de trois mois comme auparavant.
• Le maintien et l'imposition de la rétention administrative en vue d'une expulsion (article 71, paragraphe 8 de la loi allemande sur l'asile – UE) seront désormais possibles indépendamment de toute demande d'asile, actuelle ou ultérieure. Ceci conduira à placer délibérément des personnes dans une situation de crainte permanente d'une éventuelle détention.
• La durée de la rétention administrative avant expulsion (article 62b, paragraphe 1 de la loi allemande sur l'asile – UE) sera portée de dix à vingt-huit jours. Elle peut d'ores et déjà être imposée dans des conditions moins strictes que la rétention administrative en vue d'une expulsion, par exemple, même en l'absence de risque de fuite. En pratique, la rétention administrative avant expulsion est généralement effectuée illégalement dans les mêmes centres de rétention que les autres formes de rétention administrative en vue d'une expulsion.
• Toutes ces mesures sont envisagées alors même que la rétention administrative en vue d'une expulsion et la rétention administrative avant expulsion sont déjà fréquemment jugées illégales par les tribunaux a posteriori. Outre l'atteinte massive et généralisée au droit à la liberté des personnes concernées, cette réglementation entraînera donc une augmentation des détentions illégales. Cela imposera également une charge encore plus lourde aux tribunaux.
• Extension des pouvoirs des autorités étatiques en matière d'accès aux espaces privés (art. 48, al. 3, Loi sur le séjour des personnes handicapées – Projet)
La protection de la vie privée et l'inviolabilité du domicile, droits fondamentaux garantis par l'article 13 de la Loi fondamentale, seront davantage restreintes à l'avenir pour les réfugiés et les personnes en situation irrégulière. Dans les hébergements collectifs, il sera désormais possible de pénétrer dans les chambres de tiers.
Ces chambres pourront être perquisitionnées afin d'y rechercher des personnes en vue d'une expulsion. L'obligation d'obtenir un mandat judiciaire pour perquisitionner un domicile privé est déjà régulièrement bafouée. Avec l'extension de ces pouvoirs au détriment des tiers, on craint que l'obligation d'obtenir un mandat judiciaire ne soit encore moins souvent respectée.
Ceci constitue une violation grave de l'article 13 de la Loi fondamentale. Cette autorisation légale explicite vise avant tout à légitimer le harcèlement des autorités, ce qui engendrera la peur parmi tous les résidents des hébergements collectifs et pourrait entraîner des traumatismes supplémentaires. Par ailleurs, le Parlement est conscient que la question de l'inviolabilité du lieu de vie lors des expulsions est actuellement pendante devant la Cour constitutionnelle fédérale. Cependant, il choisit délibérément de ne pas attendre cette décision.
• Absence de notification des expulsions (art. 60a, al. 5a, loi sur le séjour – projet de loi) Selon le projet de loi, l’obligation de notification d’un mois pour les expulsions faisant suite à la révocation d’un séjour toléré d’au moins un an sera supprimée. Une exception sera faite uniquement pour les familles avec enfants de moins de 12 ans. L’absence de notification des expulsions restreint déjà considérablement la protection juridique effective des personnes concernées. Cette pratique va désormais être étendue. Les personnes concernées la qualifient souvent de particulièrement indigne. Les personnes menacées d’expulsion ne peuvent ni préparer leur départ, ni faire leurs adieux, ni organiser la dissolution de leur foyer. De plus, il est prévu qu’à l’avenir , les expulsions ne seront plus notifiées aux ressortissants étrangers en détention ou sous garde publique (art. 59, al. 5, alinéa 2, loi sur le séjour – projet de loi) . L’une des raisons fréquemment invoquées pour ne pas divulguer les dates d’expulsion est que les personnes concernées pourraient ainsi rester cachées. Or, c’est précisément ce qui est impossible en détention ou sous garde publique. Par conséquent, cette mesure du projet de loi ne peut être interprétée que comme une restriction supplémentaire des droits des personnes concernées. Elle empêche toute protection juridique effective. Le projet de loi lui-même justifie cette mesure uniquement par la volonté d'alléger la charge de travail des services d'immigration.
• Extension de la responsabilité pénale : (art. 15, al. 2, art. 85, al. 1, n° 5, art. 2 de la loi sur l’asile – Projet)
Les informations fausses ou incomplètes fournies lors des procédures d’asile, de révocation ou de retrait seront désormais considérées comme des infractions pénales. Alors qu’auparavant, de telles informations pouvaient entraîner le rejet d’une demande d’asile ou la perte du statut de protection, cette nouvelle disposition prévoit la sanction la plus sévère dont dispose l’État.
Ce règlement viole le principe de non-incrimination, pilier fondamental de l’État de droit. De plus, il prive les demandeurs d’asile de la garantie de confidentialité des débats, condition essentielle pour que nombre d’entre eux puissent témoigner de leur expérience de persécution. Enfin, l’obligation faite aux autorités chargées de l’application de la loi de mener des enquêtes d’office risque d’empiéter sur la liberté professionnelle des avocats et des conseillers.
Cela pourrait impliquer l'obligation de procéder à un examen exhaustif de la véracité de la déclaration, ce qui rendrait impossible la formulation de conseils. De plus, cette proposition contribuerait à surcharger davantage les forces de l'ordre et les tribunaux.
• Extension des motifs d’expulsion : (art. 54, al. 1, n° 2a, AufenthG – E)
Les motifs d’expulsion, déjà très larges³, seront encore élargis. Un intérêt particulièrement sérieux à l’expulsion existera désormais « si les faits justifient la conclusion qu’une personne appartient ou a appartenu à une association au sens de l’article 129 du Code pénal ».
Une condamnation définitive ne sera donc plus requise ; des enquêtes préliminaires, voire des évaluations menées par les autorités d’immigration, pourront suffire à confronter la personne concernée à la menace constante d’expulsion.
Étant donné
qu'un grand nombre d'enquêtes sont déjà en cours en vertu de l'article 129 du Code pénal allemand (StGB), mais que les soupçons ne sont finalement pas suffisants pour une condamnation,
– que l’article 129 du Code pénal allemand est déjà utilisé dans le cadre de ce qu’on appelle la criminalité « clanique » – encore une fois sans condamnation pénale correspondante – et que des mesures racistes sont prises contre des individus,
– que de plus en plus d’enquêtes sont lancées contre des antifascistes et des militants écologistes en vertu de l’article 129 du Code pénal allemand afin de criminaliser des attitudes politiques indésirables, un instrument est créé qui, de notre point de vue, contredit le droit démocratique : l’expulsion des personnes concernées n’est possible que sur la base de soupçons.
Les motifs de rejet d'une demande d'asile pour « manifestement infondée » vont être élargis (article 30, paragraphe 1, de la loi de 1994 sur l'asile – UE). Cette mesure viole le droit de l'Union européenne et restreint une fois de plus la protection juridique, notamment pour ceux qui en ont le plus besoin : les réfugiés, et donc des personnes particulièrement vulnérables. Cet élargissement contribue une fois de plus à faire des réfugiés des personnes soupçonnées de fraude et de fraude.


